La renouée du Japon

Lorsque nous avons commencé à recenser les variétés de plantes sauvages présentent sur la parcelle du potager, nous avons été intrigué par une plante qui nous était jusqu’alors inconnue : la renouée du Japon. Cette plante est présente dans la liste des 100 plantes invasives les plus préoccupantes concernant leurs impacts sur leurs écosystèmes d’introduction. Il convient de prendre énormément de précaution dans sa gestion pour limiter sa propagation et dans la mesure du possible éviter sa dissémination.

Note : ne pas confondre plante invasive et plante envahissante. Certaines espèces indigènes sont envahissantes (ex : ronce, ortie, liseron…) sans causer de dommages écologiques irréversibles, et peuvent même être des alliés, ce que nous allons voir par la suite.

Histoire

La renouée du Japon (Reynoutria japonica) est une plante originaire des régions méridionales et océaniques d’Asie orientale (Chine, Japon, Corée, Taïwan). Introduite en Europe aux Pays-Bas au milieu du XIXem siècle en temps que plante ornementales, fourragères et mellifères, c’est à partir du milieux du XXem siècle qu’elle a commencé sa colonisation problématique des territoires.

Description

Elle appartient à la famille des Polygonacées qui comprend aussi les Oseilles. (rang taxonomique = Plantae, Spermatophytes, Angiospermes, Dicotylédones, Polygonales, Polygonaceae)

La renouée présente un système racinaire souterrain très développé constitué de rhizomes, pouvant atteindre 10m de long et s’enfoncer jusqu’à 4m de profondeur, qui produisent des tiges aériennes annuelles. Ces tiges atteignent 3m de hauteur. Les feuilles sont ovales, brusquement tronquées à la base, atteignant 20 cm de long, glabres à la face inférieure (même sur les nervures). Elle a une croissance très rapide en période végétative (mars/avril à octobre) de plusieurs centimètres par jour. Sa densité est aussi très importante, jusqu’à cent tiges au mètre carré. Les tiges disparaissent en hiver, qui la saison propice à l’expansion des rhizomes.

Elle apprécie les atmosphères humides et ensoleillé, les sols acides riches en éléments nutritif, ce qui est le cas du potager du site de Brest…

Reproduction

La quasi-totalité des spécimens présents en France sont paradoxalement stériles. La plante ne se reproduit pas à proprement parlé. Son expansion se fait de manière végétative

  • via l’expansion de ses rhizomes ;
  • via bouturage de ses tiges ;
  • via fragmentation de son rhizome.

Ce qui explique sa facilité à se propager le long des cours d’eau qui transporte des morceaux de tige ou par des activités humaines (sûrement ce cas de figure en ce qui concerne notre potager) telle que déplacement de terre et remblai, utilisation d’engins (roues, outils, bennes…)

Ses caractéristiques suivantes expliquent en grande partie son caractère invasif problématique :

  • Progression de ses rhizomes pouvant atteindre 4m par an.
  • Très grande capacité de régénération (1g de rhizome peut permettre à une plante de partir
  • Densité de feuillage privant ses potentiels concurrents de lumière
  • Sécrétion par ses racines de toxines défavorisant le développement d’autres plantes
  • Très grande résistance (peut traverser le bitume)
  • Longévité d’un rhizome dormant de plusieurs dizaines d’années
  • Vigueur importante, rhizomes de 10m de long jusqu’à 4m de profondeur, qui atteignent 3m en quelques mois.

Moyens de lutte

Idéalement, il faut retirer l’intégralité des rhizomes présents dans le sol pour espérer se débarrasser de la renoué. Autant dire que ce n’est pas une solution réalisable. Il n’existe aucune méthode unique miracle, mais sûrement un ensemble d’action à mener conjointement afin de limiter sa dissémination et réduire son emprise là où elle est déjà implantée. Parmis les méthodes de lutte connues, trois nous paraissent intéressantes à tester :

Fauchage

Le fauchage et controversé dans la lutte contre la renouée. Il faut en effet au moins 8 fauchages par an pour affaiblir la plante. De plus il faut prendre beaucoup de précautions pour éviter sa dissémination. C’est pourquoi l’outil à privilégier est la faux, qui offre une coupe franche et unique et permet ensuite d’éviter l’oubli sur place de morceaux de tige qui pourraient bouturer. À l’inverse, les tondeuses, débroussailleuses et épareuses broie en petits morceaux favorisant sa dissémination. Un autre problème est que le fauchage supprime par la même occasion les autres plantes qui peuvent être des atouts. On peut imaginer sinon un fauchage au pied par pied avec un sécateur. Ce qui rejoint la technique de l’arrachage.

Arrachage des tiges

L’arrachage des tiges est souvent cité comme étant une technique relativement efficace. Son inconvénient principal est le potentiel morcellement des rhizomes si mal pratiqué, donc la favorisation de son implantation.

Que ce soit pour le fauchage ou l’arrachage, les tiges doivent être détruite (séchage complet, incinération…) et surtout pas utilisée dans un compost ou comme paillage, le risque étant encore une fois le bouturage. En ce qui concerne les rhizomes il faut être encore plus vigilant car même après plusieurs année il peut redémarrer.

Concurrence végétale

Nous avons remarqué que là où les populations autochtones d’ortie, de ronce et de fougère sont les plus dense et développées, la renouée a eu beaucoup plus de difficulté à s’implanter. Par contre là où il y a eu un fauchage par erreur en milieu de printemps, il n’y a par endroit que de la renouée. Nous partirons donc du principe que la concurrence végétale et un élément de lutte à ne surtout pas négliger et à combiner avec les moyens de lutte mécanique.

Il est fait mention dans une des sources [9] que la bardane est aussi une bonne concurrente de la renouée, comme les saules, aulnes sureaux et noisetiers.

Approche retenue

L’approche retenue pour notre potager va être le fauchage pied par pied et la favorisation de la concurrence végétale autochtone. Cela va sûrement demandé beaucoup de temps pour arriver à une méthode efficace, mais sans cela, la parcelle risque à moyen terme d’être complètement envahie. Il va pour cela aussi falloir convaincre qu’un potager en bonne santé n’est pas forcément un potager sans ronce ni ortie. Mais qu’il faut plutôt voir ces plantes comme des auxiliaires très utiles au même titre que les vers de terre.

Sources

  1. http://www.cbnbrest.fr/site/pdf/Renouees.pdf
  2. http://www.cbnbrest.fr/site/pdf/renouee.pdf
  3. https://trebeurden.fr/ville/IMG/pdf/renouee_du_japon_odile_guerin.pdf
  4. http://www.ouest.cerema.fr/IMG/pdf/2Presentation_CBNB_FDortel.pdf
  5. https://www.brest.fr/fileadmin/Documents/Au_quotidien/agir_pour_l-environnement/10_Fiches_invasives.pdf
  6. http://www.ouest-france.fr/bretagne/sougeal-35610/des-chevres-pour-combattre-la-renouee-du-japon-4390436
  7. http://fallopia.japonica.pagesperso-orange.fr
  8. http://www.caue54.com/fiches-nature-ville-detail.asp?fichenum=227
  9. http://www.mairie-flavigny-sur-moselle.fr/files/AEU-IUT_Etueffont_ProjLutteRenou__Japon_v3_2013-04-24.pdf
  10. http://www.valleeducousin.fr/spip.php?article60